Xavier Devaux et John Banzaï : l’union des traits et des mots

Cette rencontre est de l’ordre de l’évidence, si bien que lorsque l’on demande à John depuis quand il connait Xavier, il a du mal à répondre !

Ils se sont admirés pour la première fois sur un spectacle qui mêle poésie, musique et danse, dans l’ancien Opus Café. Un contexte soul, où se côtoyaient slam, opéra, théâtre, danse. Mais, les deux sont surtout voisins de rue. Ils échangent, dès lors, de bons moments artistiques. De la collaboration nait une amitié vite sublimée par l’admiration mutuelle que ces joyeux lurons ne cessent d’évoquer.

L’un est artiste peintre et dessinateur. Mais aussi clarinettiste.

L’autre est un slameur connu, « un poète des temps modernes », comme disent les médias, qui manipulent les mots comme on jonglerait avec des oranges. Il aime les collaborations, avec des danseurs, des musiciens, des plasticiens. « John Banzaï ? Un nom de guerre, un nom d’amour. Il me donne des ailes et des racines », affirme-t-il presque étonné que je lui pose la question. Certaines données paraissent tellement naturelles dans son parcours qu’il lui est étrange d’avoir à les expliciter.

Les deux artistes ont beaucoup de points communs et leur association n’est finalement pas un hasard. Ils expérimentent l’entrelacement des arts. Autre dénominateur commun : la femme. Ils prennent le temps de s’écouter et de faire des mixes intéressants pour le public.

John Banzaï est marqué par le hip hop. Il a toujours écrit, aime le rap, va vers le slam. Il parle des ses fantasmes, de ce qu’il érige comme sa vérité, ses désirs. « Je est un autre, l’autre est soi ».

Entre autres collaborateurs, on trouve le graffeur LAZOO, qui a fait la pochette de son album Lover Dose. John Banzaï est également parrainé par les Nubians, qui l’ont invité en tournée aux Etats-Unis et pour lesquelles il a écrit aussi.

Avec Suleyman Diamanta, il réalise un Duo duel, où il se décrit comme « Le meilleur ami des mots ». Il co-écrit ensuite un recueil de poésies intitulé « J’écris en français dans une langue étrangère », paru aux éditions Complicités. Il travaille avec DJ Wamba, avec lequel il sort un projet, singulier lui aussi, « Embrasse-moi dans une autre langue ». Il compose en polonais et a le projet d’écrire des poésies dans sa langue maternelle.

Ainsi, l’actualité de John Banzaï et ses créations témoignent d’un réel attachement au verbe, au mot en tant que geste. Sa rencontre avec Xavier Devaux relève donc d’une certaine définition du destin, ces deux-là étaient faits pour croiser leur dynamique, leurs passions, leur savoir faire et laisser une empreinte.

Xavier aime dire des mots. Son travail est une recherche, un questionnement sur les mots et la forme, le fond. Il peint et dessine depuis l’enfance. A 10 ans, il avait déjà envie d’être peintre. Mais entre la peinture et le théâtre, son cœur a balancé un moment. Son unique souci : lui qui arrivait à tenir un rôle sur scène, n’a jamais osé montrer son travail d’artiste plasticien. Il a entamé une démarche d’exposition avec la Galerie Mondapart seulement depuis un an et demi. Et l’élément biographique n’est pas anecdotique : son père, fervent supporteur de son travail, met les œuvres dans un panier et part faire l’apprenti commercial dans la première galerie qu’il croise autour de chez lui. C’est le début de la rencontre avec Isabelle de la galerie Mondapart, qui reconnait dans Xavier Devaux l’œuvre d’un grand artiste.

Dessinateur académique, pour lui le dessin est un souffle, la réponse à un questionnement ou le questionnement lui-même, qui lui permet de trouver un équilibre. Son travail graphique tourne autour de l’inconscient, on peut ainsi dire qu’il consiste à l’exploration de lui-même. Il aime les mots, presque instinctivement, il aime l’instant, d’où sa collaboration avec John et le slam de l’improvisation. Quand il se met à dessiner ou à peindre, qu’il soit en mode performance ou pas d’ailleurs, il commence par se concentrer pendant quelques minutes. Puis il laisse glisser le trait sur environ trois quarts d’heure. Mais la première minute est déterminante.

 Comme devant toute page blanche, le peintre ou le poète doit puiser l’inspiration à l’extérieur de son art. Banzaï et Devaux ont compris qu’en abolissant la page blanche, ils arriveraient à s’affranchir de la panne d’inspiration. D’où l’improvisation. D’où aussi la nécessité de marcher à deux.

Lover Dose, dernier album de John Banzai, compositeur Davido, projet Hip hop Jazz.
Xavier Devaux est un artiste présenté par la Galerie Mondapart, BOULOGNE-BILLANCOURT (92).


Vidéo


texte :Aurie Sitruk
vidéo : Py

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.