Rencontre avec la galerie Sit Down

Elle collectionne par coup de cœur, jusqu’ici rien d’original. Sauf si le coup de cœur se transforme en collaboration. C’est ainsi que Françoise Bornstein décide d’accrocher dans sa galerie les œuvres de Salvatore Puglia.
Au début, il y a une découverte fortuite, à la FNAC, où l’artiste expose lui-même des dessins brodés sur tissus s’inspirant des peintres de la Renaissance. Historien de formation, Salvatore Puglia travaille, entre autres, sur des photos de la police des mœurs romaine des années 1960. Une personne entre dans la galerie, Françoise lui explique que par la récupération de ces archives, l’artiste redonne une identité à des personnes qui se sont fait photographier malgré eux, réécrivant ainsi une histoire différente de celle qui a été à l’origine de la photo.
Les œuvres de Salvatore Puglia sont très esthétiques, elles n’en révèlent pas moins un travail d’une grande complexité. Les matériaux sont étudiés avec minutie, les jeux d’ombres sont signifiés par l’utilisation de la vitre du cadre comme support d’expression. D’anciennes toiles de Salvatore sont découpées à l’intérieur… Un papier peint vient suggérer le mur sur lequel ces « photos de famille » ainsi reconstituées auraient pu se tenir… L’artiste compose donc un travail de recherche sur la mémoire familiale et collective. Mais au-delà d’un passé inventé de toutes pièces, il inscrit ces portraits dans un futur duquel ils ne sortiront plus.

A l’instar de l’artiste qu’elle présente, Françoise Bornstein a fondé sa galerie sur un concept familial : SIT DOWN ! Son père avait créé un canapé à la ligne épurée et angulaire en 1968. Une création très avant-gardiste, et il faut le dire, particulièrement confortable ! Quelques décennies plus tard, elle décide de le commercialiser. Elle a le contenu : le canapé certes, mais aussi l’idée qui est livrée avec. L’envie de dire qu’il faut marquer un temps d’arrêt, s’assoir et apprécier les œuvres posément. Prendre le temps de les contempler, de fouiller du regard ce que l’artiste présente sous nos yeux.

Dans cette veine, elle expose pour Chic Dessin les œuvres co-signées par Christian Roux et Thomas Lemut, qui seront ensuite exposées à la galerie Sit Down du 1er avril au 15 mai. De cette collaboration tricéphale est né le concept de « boites de contemplation ». Suivant l’idée annoncée par la foire d’associer dessin et design, Thomas Lemut, sculpteur et designer, entreprend de créer des demeures en acier brossé pour les dessins de villes de Christian Roux. Enfermés ainsi dans une boite, dont les branchies d’aération laissent subrepticement pénétrer la lumière par les côtés, ces illustrations en noir et blanc peuvent être secrètement contemplées en approchant l’œil de l’étroite fente sur le devant. Dans l’intimité ainsi créée, le spectateur tisse avec le dessin une relation singulière : c’est comme si l’œil et le tracé établissaient un dialogue dans la pénombre. Et s’ils s’attardent suffisamment, certains yeux finissent par voir les éléments du dessin avec un relief étonnant. « C’est comme si l’on entrait dans le cerveau du dessinateur », nous dit Françoise, que l’on visitait uniquement avec les yeux, ces villes imaginaires aux éléments structurels superposés, les maisons, les étages, les ponts, les cheminées, les coupoles, les fenêtres… un environnement extérieur présenté dans un intérieur protecteur, des dessins aux accents naïfs et innocents, qui ne sont pourtant pas laissés à la vue de tous. Ces œuvres sont ainsi réservés aux esprits curieux, elles ne s’adressent volontairement pas à ceux qui s’autocensurent en passant à côté, sans s’en approcher. Les deux artistes se réclament ouvertement de cette idée, ils ont l’air de deux agitateurs philosophes, discrets mais efficaces. Entre les deux, l’osmose passe bien, quand l’un parle, l’autre injecte dans le discours les mots nécessaires à finir la phrase.

Une fois l’expérience réalisée, on aurait presque du mal à regarder un dessin d’une autre manière, tant cette méthode de contemplation parait juste.

La boite de Thomas et le dessin de Christian ne forment qu’une seule entité qui ne fonctionnerait plus séparée. Dans cette fusion réussie entre une enveloppe froide, métallique, et un intérieur chaleureux et dense, le spectateur ne peut que s’assoir et méditer, satisfait de la découverte ou perplexe, l’œil encore flou. Qu’importe, car à la galerie, le canapé Daddy est toujours là pour recueillir l’intensité de la rencontre.

Vidéo
Interview réalisée en mars 2010

texte :Aurie Sitruk
vidéo : Vincent Bouchenez

Galerie Sit Down

Ouverte du mardi au samedi 14h à 19h.
Le matin sur rendez-vous uniquement.
Accès: Bus: 96 arrêt Saint Claude
Metro: ligne 1 – station Saint Paul
ligne 8 – station Chemin vert
http://www.sitdown.fr

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