Des médiateurs certifiés « Chic »

« Et si on prenait la photo en sautant ?! », suggère Laura, lors de la fameuse séance photos des médiateurs à la fin de la foire.

Ils ont sauté à pieds joints dans le projet. Certains n’en sont pas à leur première collaboration avec Cécile Griesmar et Sandrine Bisognin, et ce sont les précédentes éditions de foires d’art contemporain qui les ont poussés à répondre présents encore et toujours. « J’ai tellement hâte que ça commence… ! », disait Claire le premier jour en arrivant à l’Atelier Richelieu, « cela fait 6 mois que j’attends ça ! », affirme-t-elle enfin avec une certaine fierté d’appartenir à nouveau à la logistique d’un salon d’art.

Un point commun pour tous : l’IESA, l’Institut d’Etudes Supérieurs des Arts, l’école partenaire exclusif. Etudiants, en médiation culturelle ou en marché de l’art, ces jeunes gens mettent bénévolement à profit leur qualité d’accueil, leur capacité à renseigner et leurs connaissances générales sur l’histoire de l’art. Leur présence sur le salon leur permet de tisser des liens avec le milieu de l’art contemporain ; des artistes aux collectionneurs, des journalistes aux galeristes, ils évoluent durant 5 jours au cœur des rencontres professionnelles et artistiques, et ont la possibilité d’en faire partie.

Ainsi, Louise, étudiante en premier cycle Métier de la Culture à l’IESA, était alors simple médiatrice. Sandrine Bisognin, en charge des partenariats, repère le spécimen, son implication et son sens des responsabilités ne trompent pas. Louise réapparait sous une autre forme : chef d’équipe, puis chargée de communication et pour Chic Dessin, elle encadre l’équipe des médiateurs. De cette expérience, elle retire beaucoup. En termes d’autonomie, d’orientation professionnelle, de connaissances sur l’art. Elle fait même ses premiers pas en tant que collectionneuse. Et des souvenirs aussi, comme ce qu’elle a ressenti au moment fatidique où elle a découvert la version finale du catalogue Slicker 09, à laquelle elle a largement contribuée.

Lourde tâche que celle de fédérer de jeunes bénévoles autour d’un projet qu’ils n’ont pas organisé en amont mais dont ils vont être l’une des pièces essentielles. Difficile posture que celle de se fondre dans le décor pour ne pas gêner la visite, tout en étant suffisamment repérable pour répondre aux interrogations des différents acteurs du salon. Le champ d’action des médiateurs est, en effet, pour le moins diversifié : « Pouvez-vous me dire si les tableaux sont bien alignés ? », « Qu’est-ce c’est, au juste, l’Atelier Richelieu ? », « Could you find me a small table instead of the big one ? Thank you so much, you’re lovely! »… Le spectre des questions/réponses, actions/réactions, est long et varié.

Les médiateurs de Chic ont été pensés comme un concept à part entière par les organisatrices. Durant la foire, ils sont eux-mêmes « espaces d’exposition » : les visiteurs peuvent admirer les créations uniques et inédites d’Eric Charles Donatien, majestueusement portées par les médiateurs et réalisées spécialement pour la foire Chic Dessin. Directeur artistique de la Maison Lemarié, artisanat français de fabrication de plumes et de fleurs qui collabore avec les plus grands noms de la haute couture, Eric Charles Donatien revisite ainsi le signe distinctif qui permet de repérer le personnel d’un événement : exit les badges insipides et les vestes démodées, place à une épaulette de piquants bleu nuit, cloutée d’or, mi animal mi végétale. Le parti pris est audacieux puisqu’il transforme ainsi les médiateurs en objet de curiosité par procuration, un ingénieux système pour se jouer de l’uniforme de l’hôtesse classique.

La « griffe » à l’épaule, le sourire blancheur aux lèvres, la vigueur dans les jambes, les médiateurs parcourent lentement et intimement les espaces de l’Atelier Richelieu, montent, descendent, auscultent les coins et les comportements, discrètement à l’affut des missions qu’on leur prépare. « En plus d’être aimable et efficace, votre équipe est formée de belles et beaux jeunes gens ! », s’exclament certains visiteurs expansifs, « à croire que vous avez fait un casting pour ne retenir que les plus séduisants ! », osent les plus audacieux.

Parmi les médiateurs, les personnalités se distinguent et évoluent. Celle de Léopoldine est particulièrement remarquable. Un look décalé pour une tête bien faite. Comme Louise, elle commence en tant que médiatrice. Comme Louise, elle est repérée. Ses lunettes, ses baskets, mais surtout sa capacité à partager ses connaissances avec les publics les plus divers, ne laissent pas indifférentes Sandrine et Cécile. Très vite, elles lui confient la gestion des visites pour les étudiants en art, les entreprises, les groupes de professionnels ou d’amateurs, les jeunes collectionneurs… Et Léopoldine s’embarque à chaque fois dans une visite exhaustive du salon, bravant parfois perplexités et interrogations dans les regards de son auditoire. Ce rôle lui a permis de s’ouvrir et de découvrir un monde que peu de gens connaissent de l’intérieur. Cette expérience lui permet, en outre, de créer des contacts intéressants avec les galeries. Et de flasher sur une en particulier, dont elle trouve le travail cohérent et passionnant : la galerie Frédéric Désimpel, conceptual art, of course !

Avec le fonctionnement mis en place par Sandrine Bisognin, les jeunes étudiants de l’IESA se retrouvent propulsés au cœur d’un milieu plutôt difficile d’accès de prime abord. On pourrait citer l’expérience de Julien, également, qui a décroché le rôle de régisseur principal pour la première édition de Chic Dessin. Dans ce lieu insolite, où les poignées de portes sont suffisamment indépendantes pour disparaitre, ce rôle nécessite expérience de terrain et organisation sans faille. Ils sont nombreux à avoir trouvé des stages, voire des jobs grâce à ces événements. Tous reviennent avec l’envie de retrouver cette atmosphère chaleureuse, d’avoir de réels échanges professionnels avec les artistes et les galeristes, des discussions à n’en plus finir sur la nécessité d’un accrochage équilibré ou sur le principe de la collection. Des paroles et des gestes qu’ils ne sont pas prêts d’oublier

texte: Aurie Sitruk



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