Rencontre avec Dominique Polad-Hardouin

Le parcours de Dominique Polad-Hardouin pourrait s’inscrire dans l’Histoire tant il est empreint d’un héritage multiple et d’un besoin de laisser une trace.

Tant ses propositions artistiques rassemblent à la fois passé, présent et futur à chaque exposition dans les murs de sa galerie.

Son histoire, Dominique la raconte avec la pudeur d’une personne qui regarde sa vie comme si c’était celle d’une autre. Tout la destinait à épouser une carrière de galeriste, avec en premier lieu son éducation par une mère collectionneuse et particulièrement spécialiste d’art.

Elle raconte justement que pour exister il fallait aller au plus loin de l’art. Malgré un fort caractère et une envie profonde de  se distinguer, le destin la rattrape. La chose s’impose, « Idées d’artistes » ouvre ses portes au 17 de la rue Quincampoix…

Dominique Polad-Hardouin c’est aussi l’histoire d’un quartier.
Petite, elle trainait ses guêtres autour des Halles et de Beaubourg lorsque sa mère achète l’espace d’une ancienne cartonnerie dans cette même rue Quincampoix et la transforme en loft. Elle évolue donc avec sa famille dans le bouillonnement artistique des années 1960-1970, dont Cérès Franco, sa mère, est un personnage incontournable.
Dominique gravite autour de la galerie sa mère, au 58 rue Quincampoix qu’elle tient pendant 30 ans. Allant d’expositions en musées, de vernissages en avant-première, elle apprend, malgré elle, à côtoyer les acteurs majeurs qui ont fait l’art contemporain du 20ème siècle.

L’art est dans sa vie plus qu’une passion ou un loisir : il fait partie de ce qu’elle devient. Elle sent, ressent, touche du regard ces œuvres de peinture expressionnistes qui ont marqué une période durant laquelle la majorité des artistes allait davantage vers l’objet conceptuel, l’installation minimaliste. Elle ne le sait pas encore mais durant ces années elle intègre toutes les bases de son métier.  Elle s’imprègne de cette odeur de térébenthine, de pinceaux enduits de peinture à l’huile, tant et si bien qu’il la poursuive jusqu’à aujourd’hui…

Dominique incarne également l’histoire de familles.
La sienne d’abord, de laquelle elle parle avec pudeur et circonspection. Une famille artistique également. Celle des néo-expressionnistes et de la Nouvelle Figuration.
Ces deux familles, la famille naturelle et la famille artistique de Dominique Polad-Hardouin, s’imbriquent et se rejoignent intimement dans son projet de vie. Elle suit des artistes qui sont dans la droite ligne de Maryan et Macréau, découverts par sa mère, et qu’elle présente en 2007, pour la première fois dans sa galerie du 86 rue Quincampoix, dans une exposition qu’elle intitule l’Intranquille Amour. Elle associe ainsi une nouvelle génération d’artistes internationaux aux figures néo-expressionnistes des années 1970 qui ont notamment inspiré un Basquiat ou un Combas. Elle cite Michel Nedjar et constitue cette fameuse « famille d’artistes », sa ligne directrice. Elle écrit vouloir « réunir ceux qui savent nous bouleverser et qui, par une écriture sans cesse renouvelée, parlent de l’amour, du désir, du manque… ».

Dans les pas de sa mère, elle prend le pari risqué de défendre des artistes qui se situent à l’opposé du minimalisme ou de l’abstraction, particulièrement en vogue. Elle leur préfère les senteurs de térébenthine et l’espace tout entier de sa galerie dégage une forte odeur d’atelier de peinture.
Depuis l’exposition tournant, The Holy Destruction, elle est attirée comme magnétiquement par ces chevaliers de l’amour galopant sur leurs montures de papier ou de toile pour échapper à la mort. Fièvre, déraison, passion, douleur, …, « pour eux, l’amour est plus fort que la mort, il offre à notre regard un pouvoir maléfique et enivrant, un chemin pour réinventer le divin », écrit-elle dans le catalogue de L’Intranquille Amour. L’exposition Riders relate l’histoire de ces chevaliers. Elle cristallise toute l’idéologie de la galerie Polad-Hardouin, la nouvelle génération prend le relais.

Le sous-sol de la galerie est ainsi investi par des dessinateurs, dont les œuvres tapissent l’espace du sol au plafond. Le sol lui-même est recouvert de dessins aux traits noirs donnant l’impression au visiteur de pénétrer dans l’espace d’incubation fantasmagoriques et délirants des nombreux artistes convoqués pour l’occasion. Cet accrochage de dessins met en scène, en quelques sortes, le passage de témoin entre l’ancienne et la nouvelle génération.

Au-delà de l’héritage familial, surement très présent, il y a la volonté de montrer pour que la mémoire n’efface pas, l’exposition contre l’oubli. Des dessins d’artistes décédés sont collés aux côtés de dessins d’artistes ayant une vingtaine d’années et découverts par Dominique au gré de ses voyages et de ses coups de cœur de collectionneuse…

Ce qui nous amène enfin à découvrir l’histoire de la collectionneuse.
Dominique est particulièrement touchée par une jeune génération d’artistes énergiques, bouleversants, affirmés. Elle défend la peinture, certes, mais aussi la matière.
A la suite de l’exposition de 2007 somme toute assez marginale dans le paysage artistique, elle fait la rencontre de deux peintres qui ont un rapport singulier à la matière et à la couleur et qui opèrent pour elle un tournant. Il s’agit d’Humberto Poblete-Bustamante et d’Orlando Mostyn-Owen.
Ces deux artistes, aux noms éminemment exotiques, ont exposé dans la galerie fin 2009 et début 2010. Il en résulte un réel travail de projection vers le monde par l’épaisseur des couches de peinture mais aussi une vigueur dans le trait et dans l’emploi généreux de la couleur. Une générosité dans le geste d’Humberto et une luminosité dans les décors d’Orlando.  

En fouillant un peu sur la rue Quincampoix, j’ai fait une surprenante découverte : l’origine de ce mot cabossé, Quincampoix. Voici un extrait du dictionnaire :
La vieille locution cui qu’en poist, qui signifie littéralement « à quelque personne qu’il en pèse, quelque personne que cela peine », a laissé de nombreuses traces dans la topomastique ; elle a toujours commencé par désigner un moulin qui, établi sur un cours d’eau en amont d’un moulin préexistant, était de nature à causer de l’humeur au propriétaire de celui-ci en le rendant, au point de vue de l’eau motrice, tributaire du nouveau moulin. Les diverses agglomérations nommées Quincampoix, Quinquempoix et autres, sont des formes altérées de cette locution qu’on avait cessé de comprendre.

Causer de l’humeur… Une expression qui dans le cas des œuvres présentées par Dominique Polad-Hardouin prend tout son sens. Energie et vitalité du geste, expressivité des traits, radicalité de l’expression, les œuvres de Riders pour ne citer qu’elles enivrent et enfièvrent le spectateur à commencer par la galeriste elle-même. La lumière blanche des néons de la pièce baigne le visiteur dans une dimension parallèle ; on en ressort forcément marqué, durablement touché, singulièrement différent.

Cependant, l’article du dictionnaire continue :
La célèbre rue Quincampoix, à Paris […] n’a lieu d’être mentionnée ici que pour un motif indirect, car elle évoque le souvenir, non pas de quelque moulin établi dans ces conditions, mais d’un particulier, Adam de Quincampoix.

Cette fin de description laisse en suspens encore une interrogation, mais qui est donc Monsieur Quincampoix ? Et laisse surtout au lecteur l’imagination d’inventer une histoire à cet homme que l’on rêve en collectionneur ou mécène. L’histoire de la rue et de ses occupants, à l’instar de Dominique Polad-Hardouin, ne cesse d’être questionnée et réinventée, pour le plus grand plaisir des amateurs de légendes artistiques et colorées !

Vidéo
Interview de Dominique Polad-Hardouin réalisée en mars 2010

texte : Aurie Sitruk

vidéo : Vincent Bouchenez


Galerie Polad-Hardouin
86 rue Quincampoix
75003 Paris
Tél: 33 (0)1 42 71 05 29 
du mardi au samedi de 11h à 19h et sur rendez-vous 
contact@polad-hardouin.com
http://www.polad-hardouin.com

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